Lastman, le shonen made in France

volume 1 lastman

Lastman volume 01 – Casterman ©

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Nom : Lastman

Auteurs : Yves Bigerel aka Balak, Michaël Sanlaville, Bastien Vivès

Sortie Initial : 2012 – en cours

Nombre de tome : 8 tomes

Genre : aventure, action … mais pas que

Éditeur : Casterman

Lastman c’est quoi :

Lastman (tout court, rien à voir avec Y : The Lastman), est un projet un peu fou issu des esprits (un peu malades) de Balak, Bastien Vivès et Michaël Sanlaville. Leur volonté ? Adapter le format manga à la BD franco-belge. C’est-à-dire se plier à la vitesse de publication effrénée des Japonais qui produisent autour de 600 pages / 3 volumes par an (on est loin des 42 pages /an auxquelles la BD francophone nous a habitué). Un pari audacieux mais payant. Avec aujourd’hui huit volumes et un fauve d’or de la meilleure série, Lastman est une belle réussite qui mérite à être découverte ; laissez-moi vous en dire plus.

Sur les auteurs :

Comme je l’ai dit, ce manga est écrit par un trio, mais qui sont-ils ?

Le plus connu des trois est surement Bastien Vivès. Auteur du blog « Comme Quoi » et

auteurs Lastman

De gauche à droite : Balak, Bastien Vivès et Michaël Sanlaville – Paris 11/2012 © Mathieu Zazzo

de plusieurs bandes-dessinées telle que Polina, il a été révélé en 2008 grâce à sa BD Le goût du Chlore pour laquelle il recevra le prix Révélation au Festival International de la BD d’Angoulême.

Balak de son vrai nom Yves Bigerel est story-boarder et « théoricien de la BD ». Il est notamment créateur du Turbomedia, un format de narration pensé pour la lecture sur ordinateur, à mi-chemin entre le Powerpoint et le dessin animé. Cela le fera se retrouver chez Marvel Studio où il est conseillé et scénariste pour la section Infinite Comics. Rien que ça.

Enfin Michaël Sanlaville est, comme ses deux compères, diplômé de l’école d’animation des Gobelins (où ils se sont rencontrés). Il a travaillé en tant que story-boarder pour différentes séries et films d’animation. Il est aussi l’auteur de plusieurs BD dont Hollywood Jan (fait avec Bastien Vivès) et Le Fléau Vert.

On n’a donc pas affaire à une bande de rigolo mais bien à une petite dream team bourrée de talent.

Lastman, un shonen d’aventure

Lastman a tout du shonen d’aventure classique « à la Dragon Ball ». Tout commence dans la Vallée des Rois

Lastman page volume 1

Lastman – volume 1

où se tient comme tous les ans un grand tournoi d’art martial. Le jeune Adrian Velba s’est entraîné dur pour y participer mais il va devoir passer son tour cette année. En effet, le tournoi a la particularité de se faire par équipe de deux, cependant, le coéquipier d’Adrian lui fait faux-bond au dernier moment. Adrian est par conséquent terriblement triste. Mais c’était sans compter sur l’apparition d’un mystérieux combattant répondant au nom de Richard Aldana. Étant autant intéressé par la récompense de victoire que par la magnifique Marianne, maman d’Adrian, il décide de faire équipe avec le garçon. Le duo improbable a alors un but, remporter le tournoi.

On a donc tous les ingrédients qui ont fait le succès de DBZ. Un jeune héros, un tournoi et des pouvoirs magiques. En effet, dans la vallée des Rois, les combattants font appel à une mystérieuse énergie permettant de créer des séismes ou du vent pour s’affronter. Malgré ça, le manga ne s’embourbe pas dans un classicisme ennuyant grâce à une variété de situation. Les scènes entre chaque affrontement sont l’occasion de laisser vivre les personnages, de les faire parler. Cela permet d’étoffer l’univers mais aussi de mettre en place de vraies relations entre les personnages. Loin des clichés, les dialogues et les interactions sont d’une rare justesse pour un manga de ce genre. Personnellement je n’ai aucun mal à m’imaginer avoir les mêmes conversations avec mon entourage malgré le monde fantastique qui nous est ici décrit.  De plus, bien qu’étant un manga, les influences de l’œuvre ne sont pas seulement Japonaises. La série est inspirée par la culture américaine et surtout française. Bien qu’étant fantastique, on s’identifie très vite à  l’univers. Par exemple, le camarade de d’Adrian lui fait faux bond parce qu’il a trop mangé de … raclette (et oui, mauvaise idée).

Lastman page volume 1

Lastman – Volume 1

Mais la force de Lastman est aussi de proposer plusieurs niveaux de lecture et de n’avoir aucun tabou ; chose rendue possible principalement grâce au personnage de Richard. Totalement étranger au monde qui l’entoure il bouscule les codes en place et apporte de la « maturité » au récit (même si je ne suis pas sûr que le terme soit le plus adéquat). Il fume, il est vulgaire et il ne manquera pas de faire l’amour avec les femmes qu’il croise. De plus, son passé trouble n’aura de cesse d’étoffer l’intrigue.

Lastman est donc une œuvre extrêmement riche et qui gagne en complexité à chaque volume. Le pitch de départ peut en rebuter certains c’est pour ça qu’il est primordial d’aller jusqu’au troisième volume. Ne pouvant en dire plus sous peine de spoil, ce volume marque un tournant dans le récit. A partir de là, la série devient d’autant plus touchante que violente (mais reste toujours accessible à un jeune publique) et l’univers dévoile toute sa richesse. Chaque volume est unique et offre des aventures inédites et complètement folles mais toujours reliées par un fil rouge captivant.

Une écriture à six main

Comme je l’ai dit plus haut, Lastman est écrit par un trio. Chacun a donc son rôle et cela leur permet de s’épanouir à 100% et nous offrir une œuvre formidable. (J’ai perdu mon objectivité depuis longtemps).

Vivès est le scénariste. C’est lui qui est plus ou moins à l’origine du projet ; il écrit donc la trame principale.

Balak est story-boarder. Il s’occupe du découpage, de la mise en scène. Étant sa spécialité et n’ayant à se concentrer que sur ça, le découpage du manga est particulièrement bon et dynamique. Il suffit de lire quelques pages pour s’en rendre compte. On se retrouve aspiré par les pages, notamment en versions numérique.

Après Vivès et Sanlaville se répartissent les pages et réalisent les dessins finaux. Si dans les premiers volumes, le style général est principalement dominé par celui de Bastien, celui-ci s’affine au court des volumes pour aboutir à une symbiose des styles de chacun. Cependant, on se retrouve dans aucun cas avec un « style manga ». Les auteurs ne cherchent jamais à gommer leur racine comme c’est parfois le cas dans d’autre production ; les auteurs dessinent juste comme ils en ont envie. Les dessins ne plairont pas à tous mais tout le monde reconnaîtra leur dynamisme et leur efficacité. Le travail des ombres est somptueux, n’ayant recours à aucune trame et n’utilisant que des nuances de gris.

étape création lastman

Différentes étapes de création d’une planche.

 

Mais bien que chacun ai sa tâche, ils bossent ensemble et chacun donne son avis sur le travail. C’est d’ailleurs un point qu’ils apprécient particulièrement ; travaillant à trois, ils sont toujours à expliquer et à présenter leur travail aux 2 autres, ils ont un sentiment permanent de découverte profondément bénéfique. (Je n’invente rien, ils l’ont dit en interview).

Lastman, plus qu’un manga, un projet transmedia

Le but de Lastman n’est pas seulement de faire un manga, mais bien de transposer entièrement le modèle japonais.

Les studios japonais pensent de plus en plus leur série comme une œuvre se déclinant sur plusieurs média, on voit donc souvent apparaître à la suite d’un manga,  un anime, un film, un jeu vidéo, ect …

Les auteurs ont par conséquent pensé leur œuvre pour être plus qu’un manga et ont pour volonté de la décliner sur d’autres médias. Mais plus que de simple adaptation, ces « encartés » ont pour but d’être de véritables prolongements à l’œuvre papier. L’objectif étant de développer encore plus l’univers de Lastman.

En premier lieu, nous allons avoir droit à un jeu vidéo. Grand fan de Street Fighter, Vivès a voulu un jeu de baston (en même temps faut avouer que ça s’y prête bien). Mais plutôt que de faire un jeu de versus 2D qui n’aurait eu aucune chance face au maître du genre, le partie pris a été de s’inspirer de l’oublié licence Powerstone. Lastfight (c’est le nom du jeu), s’avère donc être un jeu de baston en 3D asymétrique dans lequel peuvent s’affronter jusqu’à 4 adversaires. Œuvre à part entière, ce jeu s’intègre de manière particulière dans l’univers. Lastfight n’est pas un jeu Lastman, mais un jeu dans Lastman. En effet Richard Aldana ayant été une star de la boxe, un jeu vidéo à son honneur a été créé et c’est donc ce jeu qui sortira en mai prochain. Aucune chance de voir nos héros donc. A la place Aldana et son pote se retrouve à affronter des ennemis plus grandiloquents les uns que les autres tel que la biologiste Spice ou l’homme poisson Crackjack (référence à One Piece ? Peut-être). Pour l’avoir déjà essayé, ce jeu semble adapter à la perfection la série originale, étant à la fois drôle et sérieuse. Et puis l’ensemble de la bande son est réalisé par le talentueux 2080 ; ça ne peut être que génial.

Mais ce n’est pas tout, après un jeu, c’est un anime que nous allons voir débarquer en septembre prochain (pour la date ce n’est pas totalement sûr mais on peut espérer). Cet anime aura comme vocation de mettre en scène la jeunesse de Richard, avant qu’il ne devienne une star. Pour sa réalisation, l’équipe a fait appel à Jérémie Périn. Son nom ne vous dit peut-être rien mais ce mec est un tueur pour ce qui est de réaliser des films d’animation. Il a notamment fait parlé de lui grâce à 2 clips : Truckers Delight de Flairs et Fantasy de DyE (Attention ces clips sont totalement Not Safe For Work). Pour le moment nous avons eu qu’un court teaser mais il y a de grandes chances que ce soit terriblement cool.

extrait anime lastman

Nous n’avons eu que de court extrait pour le moment, mais ça donne déjà envie

Conclusion :

A la vue de l’envergure du projet et à l’écoute de certaines interviews, certains trouvent peut être les auteurs un peu prétentieux. Ces critiques sont acceptables. Mais quand on voit la qualité de leur travail ils peuvent se le permettre. (Leur travail à d’ailleurs fait l’objet d’une exposition au FIBD cette année. Et on dit merci à Meloku pour les images 😉 )

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Lastman est sûrement le projet de manga français le plus ambitieux jamais réalisé et ne demande qu’à être découvert. Bien plus qu’un simple manga d’aventure, Lastman ne se limite pas à un genre et se permet tout ce qui rend la série particulièrement riche et passionnante. Certes je suis un vrai fanboy, mais pour que mon fanatisme dure depuis maintenant plus de trois ans, c’est qu’il y a un truc en plus que je vous invite à découvrir par vous-même. Vous n’avez rien à perdre d’autant plus que la série est prévue pour faire douze volumes (le scénario est déjà écrit), aucune chance de la voir s’étirer indéfiniment donc. Et en plus de ça la série est disponible en post-publication sur la très prometteuse plateforme Delitoon (d’autant plus qu’elle vient de ressusciter, je vous invite à jeter un œil).

Je pense avoir tout dit, moi je suis un fan inconditionnel. Si je ne vous ai pas convaincu à au moins jeter un œil, j’espère que les auteurs réussiront.

(Oui mes petits coquins, vous avez bien reconnu l’actrice Hitomi Tanaka).

par Joystikman

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