Ghost in the shell : une anthologie cybernétique

Ah Ghost in the Shell. C’est probablement l’une de mes séries de SF préférée. Entre la sortie de son adaptation américaine, la réédition du manga et la sortie du film en version remastérisée, j’ai donc la parfaite occasion pour en parler.

gif tachikoma

C’est parti !

Un fantôme dans la coquille

Je pense que quasiment tout le monde a déjà entendu parler de Ghost in the shell (ou GITS pour faire court). Je ne pense donc rien vous apprendre si je vous dis que c’est une série de Science Fiction, plus précisément de Cyberpunk, sous-genre phare des années 80-90. Mais même si vous n’êtes pas amateur du genre, la création de Masamune Shirow mérite qu’on y jette un coup d’œil car elle est bien plus que ça.

 

Newport City manga ghost in the shell

Ville de Newport City, nouvelle capitale nippone.

Tout d’abord, de quoi ça parle ? Ghost in the shell nous plonge en 203X dans la mégalopole japonaise de Newport City et nous fait suivre la Section 9, menée par la Major Motoko Kusanagi. Cette section chargée de la sécurité publique a principalement une mission : lutter contre le cyberterrorisme.

La recette peut paraître classique, on a des enquêtes ponctuées par de l’action, le tout dans un univers futuriste. Cependant les histoires sont variées et toujours plus complexes qu’elles n’en ont l’air, dévoilant bien souvent des complots géopolitiques ou économiques. Mais là où GITS se démarque véritablement, c’est par son “réalisme”. La grande force de Ghost in the shell, est de parfaitement comprendre et retranscrire les sujets qu’elle aborde. Alors que dans la majorité des séries tv actuel, l’informatique et le numérique de manière plus générale sont des choses totalement nébuleuses, incomprises et qui sont plus proches de la magie que de la science, Ghost in the shell est un véritable pionnier.

Dès les premiers chapitres du manga le sujet est parfaitement maîtrisé. Certes, il y a parfois des détails un peu fantaisistes (après tout on est dans la science-fiction) mais c’est  toujours en se basant sur des connaissances précises et en ayant à cœur de rester cohérent et plausible. Par exemple, un des premiers chapitre du manga aborde le hacking de données et la difficulté de prouver le vol d’informations puisqu’à la différence d’un vol physique elles sont dupliquées et non retirées à son propriétaire. En 1989, soit des années avant la démocratisation de l’informatique, Shirow avait déjà compris les nouveaux paradigmes qu’entraînent l’informatique (ses notes de bas de pages témoignent de cette implication).

cyber cerveau Ghost in the shell

Dans Ghost in the shell, la plupart des individus ont un cyber-cerveau leur permettant une « inter-connexion » et une liaison constante au réseau.

Pour ça je dis bravo. Mais je dis aussi bravo car bien que mettant en scènes des cybercriminels qui piratent le cerveau des gens pour mettre en œuvre leurs vils desseins, la série n’est jamais pessimiste. Elle ne critique jamais bêtement les avancés technologiques. Contrairement à des séries télé récentes tel que Black Mirror dont le message se résume bien souvent à “Oh la la regardez les dérives de la technologie, c’est dangereux, prions pour que ça n’arrive pas”, Ghost in the Shell ne tombe jamais dans ces travers. La série ne s’empêche pas d’être critique mais ne fait pas le procès du progrès. Le discours est plutôt de dire que cela entraîne naturellement de nouveau type de criminalité, alors faisons au mieux pour la contrer.

Enfin, comme un écho à cet univers ultra-technologique, la série a toujours une réflexion philosophique. Au travers des différentes histoires dans lesquels se croisent humains connectés, android et réseaux informatiques, la série n’a de cesse de s’interroger sur le “sens de la vie” et comment peut-on définir la vie (ce principalement grâce au concept de ghost ).

Voici en quelques mots les thèmes de la saga. Ghost in the shell est une œuvre riche et qui reste aujourd’hui encore très juste dans son traitement.

Maintenant, vous dites surement (enfin j’espère) :  “Ça a vraiment l’air pas mal, je m’y plongerais bien mais par où j’attaque ?”. Eh bien c’est justement le sujet de la partie 2.

L’héroïne aux mille visages

En 25 ans, Ghost in the shell a eu le temps d’être adapté de nombreuses fois, si bien qu’il est parfois un peu dur de s’y retrouver. Je vous propose donc un petit guide chronologique, cependant vous pouvez commencer Ghost in the shell par n’importe qu’elle bout. En effet, chaque adaptation est aussi bien une adaptation du manga d’origine qu’une réinterprétation ayant ses propres codes. Il n’y a donc pas de liens chronologiques et narratifs entre les différentes œuvres estampillées Ghost in the shell, si ce n’est un univers, un concept et des personnages communs (mais dont les caractères peuvent variés).

Ghost in the shell, le manga.

Couverture de la Perfect Edition.

Couverture de la Perfect Edition – Glénat

GITS est donc à l’origine un manga de Masamune Shirow, aussi auteur de Appleseed. Ce manga en trois tomes a été publié entre 1989 et 2003.

On suit donc les aventures de la Section 9 devant à chaque chapitre contrer la cybercriminalité. Les histoires sont variées et bien que sérieuses, elles sont toujours ponctuées d’humour. Les membres de la section 9, à commencer par le Major Motoko Kusanagi, sont des bons déconneurs toujours près à faire une petite blague. Le manga est donc aussi sérieux que drôle allant même jusqu’à avoir des running gag.

Visuellement, on est face à un manga qui a plus de 20 ans, on est donc loin des codes actuels. Cependant le style de Shirow, passe plutôt bien, c’est à la fois simple mais détaillé et toujours dynamique. De plus l’humour est mis en relief par des exagérations des personnages proches de la caricature.

page tome 1 de ghost in the shell

Le style est un peu daté mais fonctionne bien

Si vous n’êtes pas totalement réfractaire au style graphique un peu vieilli, ce manga est la porte d’entrée idéale à l’univers de Ghost in the Shell. En plus de ça, Glénat vient de lancer la réédition du manga dans un version plus proche de l’édition japonaise. On peut donc se procurer depuis le 15 mars le premier volume de ce manga d’anthologie.

Ghost in the shell et Ghost in the Shell Innocence, le dyptique de M.Oshii

Après des adaptations réussies de Patlabor, Mamoru Oshii sort en 1995 sa version cinématographique de l’œuvre. Je dis “sa version” car Oshii s’approprie totalement le manga de Shirow pour en faire quelque chose d’unique. Le film, qui se base sur différents chapitres du manga, raconte la traque du Puppet-Master, un pirate informatique insaisissable et qui se lance dans l’attaque de diplomates.

ouverture ghost in the shell

La scène d’ouverture est aujourd’hui mythique

Là où Shirow propose un manga emplis d’humour, le réalisateur offre un film grave et presque froid. Contrairement au manga, le film est quasiment centré que sur le Major et propose tout du long un questionnement sur la frontière entre cyborg et android.

Ça ne sert à rien de tergiverser, ce film est un véritable chef-d’oeuvre. La réalisation est parfaite, la mise en scène méticuleuse et la musique de Kenji Kawai magistrale.

gif ghost in the shell

Je crois que ça parle de soi

Je pense que beaucoup ont découvert la série avec ce film (c’est mon cas), je ne peux donc que conseiller à ceux qui ne l’ont pas vu d’y remédier. En 1 h 20, Oshii aborde tout ce qui fait l’essence de Ghost in the shell ; c’est le meilleur moyen de découvrir cet univers.

En plus de ça, @Anime vient de sortir une version remastérisée en HD du film (on peut au moins remercier le film américain pour toutes ces rééditions) des plus parfaites. Mais attention à ne pas confondre avec Ghost in the shell 2.0 qui est une version retravaillée du film sorti en 2008 où la colorimétrie a été modifiée et certaines scènes refaites en 3D (Oshii nous a fait son George Lucas et c’est une catastrophe.)

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Batou et Togusa vont devoir enquêter sur ces android fous

Près de 10 ans plus tard, Mamoru Oshii sort une suite à son premier film. Nommé Ghost in the shell 2 : Innocence, ce film se place après les événements du premier film et propose une histoire totalement inédite. Dans ce second film, on suit Batou, ancien coéquipier du Major, enquêter avec Togusa sur une série de crimes perpétrés par des gynoïdes ayant été hackées.

Si la réalisation est toujours impeccable, ce film est un peu en deçà du premier. Un peu plus lent, il se perd quelque peu dans des réflexions philosophiques un peu poussives qui peuvent perdre le spectateur.

Le film est donc intéressant mais à réserver à ceux qui aiment déjà la série. D’ailleurs bonne chose, il est disponible depuis peu sur Netflix.

screenshot gits innocence

La direction artistique peut être un peu déroutante

Ghost in the shell Stand Alone Complex

Débuté en 2002, Stand Alone Complex est la première excursion de GITS sur le petit écran. Cette série est produite par Production IG et réalisée par Kenji Kamiyama. Répartie en deux saisons (de 25 épisodes chacune) et un film, la série a pour particularité de voir ses épisodes répartis en deux catégories (voir trois pour la seconde saison) : les épisodes dits Complexes qui racontent une longue histoire qui sert de fil rouge. Dans la 1er saison, c’est l’histoire du Laughting Man, la traque d’un pirate oublié qui refait surface ; tandis que la saison 2 met en scène l’histoire de Individual Eleven, un groupe terroriste indépendantiste défendant les droits des réfugiés. À côté de ça se trouve les épisodes Stand Alone, qui comme leur nom l’indique sont des épisodes indépendant adaptant ou non des histoires du manga et permettant surtout d’explorer et d’approfondir les multiples facettes de l’univers.

membres section 9

Cette série est l’occasion d’en découvrir plus sur les membres de la section 9

Bien qu’ayant plus de 10 ans, la série est encore techniquement impressionnante. Certes, certains épisodes souffrent de quelques baisses de régime mais, dans l’absolue, la réalisation est de qualité. Mention spéciale à l’utilisation de la 3D (principalement pour les véhicules) dont l’intégration est plus réussie que dans certaines série récentes.

 

image tachikoma @anime

Les tachikomas sont les stars de la série, à la fois drôles et touchants

Stand Alone Complex renoue aussi avec l’humour du manga. Sans pousser jusqu’aux blagues potaches du manga, la série est beaucoup plus détendue que la version de Oshii. Cet humour est dû en grande partie à la présence des Tachikoma. Appelé Fuchikoma dans le manga, ces tanks quadrupèdes intelligents, curieux et espiègles, sont toujours à blaguer et à gaffer (ils ont d’ailleurs droit un programme court centré sur eux à la fin des épisodes de la saison 1). Mais ils sont aussi à la base d’une grande réflexion sur l’intelligence artificielle et la pensée partagée.

 

En effet, Stand Alone Complex n’oublie pas la philosophie qui est au cœur de l’œuvre, en se penchant sur ce qu’ils appellent le stand alone complex, à savoir le comportement imitateur des individus d’une société.

Ghost in the shell Stand Alone Complex est donc une excellente série qui permet d’explorer une multitude de thème ce qui la rend particulièrement riche. Je la conseille vivement (notamment pour ses épisodes indépendants). Pour ceux qui n’ont pas le temps, sachez que l’histoire principale de chacune des deux saisons ont été remontées en deux films. Un troisième film fait suite à la série, nommé Ghost in the Shell Stand Alone Complex : Solid State Society (pensez à prendre votre respiration avant de le dire). Il est dans la continuité de cette dernière et s’il n’est pas déplaisant, il peine à convaincre. Enfin, fort de son succès, la série a aussi droit à une version manga (éditée par Glénat, la série est quant à elle éditée par @Anime).

Ghost in the shell Arise

Enfin, vient la dernière adaptation en date de Ghost in the Shell : Arise. Cette série de 4 OAV (épisodes d’une cinquantaine de minutes) suivi d’un film, vise à raconter la création de la section 9 et les jeunes années des membres de l’équipe. Si techniquement, la série est de bonne facture, malgré une direction artistique qui s’égare parfois (la moto de Motoko, beurk), c’est au niveau du scénario que le bât blesse.

motoko jeune gits arise

Étant une préquel, le Major aborde un visage plus juvénile

La volonté est de raconter la jeunesse des personnages et comment naquit l’unité d’élite qu’on connait, mais c’est selon moi un non sens. Une des force de chacune des précédentes versions était justement de ne pas présenter les personnages, ne pas raconter leur passé, on découvrait leurs liens et leurs parcours au fil de leurs aventures, au détour d’une conversation ou en prêtant attention à des détails. Ici, c’est donc le choix contraire qui est fait, soit. Le problème c’est que le traitement des personnages est, je trouve, raté. Les personnages perdent toutes nuances et se résume à des archétypes. Enfin le scénario mettant en scène un complot industriel n’arrive pas à totalement captiver.

Arise paraît donc un peu fade en face des œuvres précédentes. Elle a quand même fait l’objet d’une adaptation en manga (non disponible en France) et d’un remontage en version télé. Ghost in the shell Arise se laisse au final regarder mais fait un peu pâle figure. Pour les intéressés, sachez que les 2 premiers épisodes sont disponibles sur Netflix et que les reste est édité par @Anime.

S’en est tout pour mon tour d’horizon de la saga. Ghost in the shell est définitivement une œuvre riche et multiple, parfois un peu inégale mais toujours de qualité. Il y aurait cependant bien plus à dire. On pourrait approfondir longuement son aspect philosophique ou le traitement “intelligent” de la technologie. On pourrait aussi s’attarder sur les personnages, surtout sur l’héroïne Motoko Kusanagi et son rapport au corps ainsi qu’à son identité. Vous l’aurez compris, il y a beaucoup à dire.

Je n’ai pas non plus abordé les excursions de GITS en light novel ou en jeux vidéo car elle sont assez secondaires.

pochette jeu ghost in the shell PS1

je vous invite à l’occasion à tester le jeu sur PS1 dans lequel on doit réaliser différentes missions depuis un tachikoma.

Malgré tout, j’espère vous avoir bien présenté la série et vous avoir donné envie de vous plonger dans cet univers. De mon côté, j’attends fébrilement le 29 Mars pour voir le résultat de la version live made in America. Si je partais plutôt confiant, je trouvais les premières images assez convaincante, les derniers teasers m’ont sévèrement refroidi (Steve Aoki, si je te croise je te ferais payer !). On verra bien, et dans le pire des cas, il nous restera toujours ce qui existe déjà pour se consoler. N’hésitez pas à donner votre avis sur la série, si j’ai raté quelques choses ou fait une erreur, je serais ravis d’en parler.

Bonne lecture

Joystikman

2 réflexions au sujet de « Ghost in the shell : une anthologie cybernétique »

  1. Je te trouve bien sévère avec GITS 2.0 : si effectivement les scènes 3D n’apportent pas grand chose et jurent un peu avec le reste, toute la lumière a elle été refaite avec les techniques numériques actuelles et le film y gagne beaucoup.
    Pas encore vu GITS: the New Movie.
    Par contre, le film live est un bonne surprise. Même si certains puristes trouveront à redire et/ou crieront au sacrilège, il fourmille d’idées et prend vraiment sa propre voie. Le seul regret, c’est qu’on sent réellement que le réalisateur a été bridé par sa production et n’a pas pu aller au bout de ses idées.

    • Ah, un truc aussi par rapport à ton article : il me semble que les Tachikomas de la série sont différents des Fuchikomas du manga. De mémoire, ces derniers remplacent même les premiers au cours de la série (mais ça fait un bail que j’ai regardé ça, donc je peux me tromper).