Décortiquons l’art de Takehiko Inoue avec SLAM DUNK

Slamdunk kana editions Takehiko Inoue

Coup d’envoiSlamdunk kana editions Takehiko Inoue

Je vais parler ici d’un auteur que j’affectionne tout particulièrement, je vais même dire qu’il s’agit de mon auteur préféré. Takehiko Inoue, ce nom vous dit forcément quelque chose sinon peut-être que Vagabond, Slam dunk, Real vous mettront la puce à l’oreille. J’ai déjà parlé de cet auteur, ici je vais décortiquer une scène d’un manga. Je vais essayer de vous faire comprendre le pourquoi du comment ses mangas sont exceptionnels et ce avec une scène, idéalement j’aimerais faire la même chose pour plusieurs de ses mangas. Quand je parle d’une scène, j’entends par là un match de Slam dunk, je vais tenter d’extraire de ces pages l’essence même qui le rend si particulier. C’est un exercice assez nouveau pour moi et vais donc m’aventurer et m’émerveiller devant l’art de Takehiko Inoue.

Slam Dunk, le manga qui lança réellement la carrière de Takehiko Inoue. Pour commencer je prendrai le match opposant Shohoku à KaInan. Pour restituer le contexte, Shohoku est une équipe n’ayant pas une grande renommée mais qui commence à se faire un petit nom sur la scène locale. Kainan, lui, a gagné seize fois le titre régional et fait partie de l’élite nationale. Il y a donc un univers séparant les deux équipes et l’affrontement n’est, à priori pas équilibré, sur le papier… Nous sommes dans le douzième tome et notre héros Sakuragi Hanamichi a appris les bases du jeu mais est encore loin d’être un bon joueur, se reposant sur ses capacités physiques, il trouve rapidement ses limites face à des joueurs expérimentés. Le reste de l’équipe commence à prendre forme autour du courageux capitaine Akagi. Le meneur de jeu fraichement revenu veut prouver que même petit il peut rivaliser avec les meilleurs à son poste. L’ancien délinquant Mistui (star au collège) revient lui aussi après une période sans jouer. Et Rukawa la future star, déjà adulé par les jeunes filles en fleur est en réalité un joueur au potentiel très élevé. C’est avec cette équipe qui se met doucement en place que Shohoku veut renverser les « rois de Kainan » !

Slamdunk kana editions Takehiko InoueAvant même que le match ne débute, l’auteur tient à nous Slamdunk kana editions Takehiko Inouefaire ressentir toute la tension qu’il peut y avoir lors d’un match à enjeu. Les visages sont crispés, les joueurs semblent tendus et concentrés. La salle est pleine, chose rare pour un match de lycéen, ce qui prouve l’engouement autour de cette rencontre. Le match ressemble à un duel entre David et Goliath et il faudra toute la motivation de l’équipe pour appréhender cette confrontation.

Malgré les provocations de Sakuragi et Kyota (les rookies* de chaque équipe) la concentration reste à son comble et il faudra un recadrage de la part des capitaines pour calmer les fanfarons.

Le début du match annonce des choses intéressantes, vision de jeuSlamdunk kana editions Takehiko Inoue du meneur de Shohoku qui lance immédiatement Rukawa en attaque rapide, rattrapé par Maki (le boss de Kainan) qui le contre. Dans l’instant qui suit contre-attaque pour Kainan mais Sakuragi dans une extension digne des plus grands athlètes intercepte la passe avant de faire un « marché * ». Un instant comique qui rompt complètement la tension et le départ à cent à l’heure du match, et qui rappelle qui est le débutant dans la partie… A ce moment Akagi ne le fâche pas comme à l’accoutumée mais lui donne une petite tape sur les fesses. C’est un signe d’encouragement très fréquent au basket, c’est avec ce genres de petits détails que l’on s’aperçoit que Inoue est un vrai joueur de basket !

Slamdunk kana editions Takehiko InoueS’en suit une alternance d’attaques et de contres défensifs, le début de la partie est indécis et on ne sait pas encore qui a la main mise sur le jeu. L’auteur veut ici créer l’incertitude au lecteur et il profite de ce moment pour commencer une certaine lutte ; La lutte entre rivaux. Kyota met un dunk sur Sakuragi, ce qui est le comble de l’humiliation pour lui qui pensait être supérieur à Kyota physiquement. La rivalité dans le sport et dans le manga en général est quelque chose de récurrent. Dans Slam Dunk, il y a des rivalités saines qui poussent les joueurs à se dépasser en s’entrainant toujours plus. Il y a aussi les rivalités déplacées, Sakuragi se prétend être le rival de Rukawa (son coéquipier), il en est de mauvaise foi et préfèrerait presque perdre plutôt que Rukawa soit mis à l’honneur ! Cette notion de rivalité est essentielle dans Slam Dunk et est très redondante et source de situations comiques et de tensions.

Après son humiliation Sakuragi se bat de toutes ses forces dans les domaines qu’il maitrise, il enchaine les rebonds* et démontre une énergie sans faille. Il obtient donc la considération qu’il affectionne tant, mais pour le coup, Maki veut le prendre en défense car il le trouve intéressant et veut se confronter à Sakuragi. Une sorte de nouvelle rivalité prend naissance dans le match. On appelle ça « le match dans le match » lorsque deux joueurs se rendent coups pour coups, on sent qu’il y a quelque chose de particulier entre eux, un mélange d’agressivité, de respect voire même d’admiration, mais l’envie de gagner est souvent la plus forte et elle pousse les joueurs à tout donner dans la bataille.

L’instant tactique

Takehiko Inoue, joue de son expérience dans le basket-ball pour ajouter une touche de tactique dans le match. Il choisit un instant clé pour faire un remplacement (je parle de l’auteur comme si c’était l’entraineur), il va mettre en jeu un joueur dénué de toutes capacités physiques et il s’occupera de défendre sur Sakuragi. Le but étant de faire perdre sa concentration en le piquant dans son égo, ce qu’il cherche à faire en vérité c’est de démontrer le véritable niveau de Sakuragi qui n’est qu’un débutant. Depuis le début il élève son niveau de jeu car ses adversaires sont très forts, en mettant ce joueurs médiocre mais expérimenté il va dévoiler ses failles. Il va enchainer les mauvais choix de jeu, forcer les shoots et un écart va se creuser entre les deux équipes. Jusqu’à ce que le coach mette le héros du manga sur le banc de touche. C’est un choix logique mais qui ne convient pas à Sakuragi qui peste sur le banc, d’autant plus que c’est le moment qu’a choisi Rukawa pour montrer son potentiel et son talent. Ici l’auteur s’appuie sur un bagage technique qui démontre la maîtrise du rookie star. Cross-over* Step back shoot*, il enchaîne les mouvements avec efficacité. La réalité des mouvements au profit de l’histoire, voilà ce qu’on peut tirer de ces quelques pages qui ne racontent juste que quelques secondes voire minutes du match mais qui apportent énormément dans le réalisme de l’œuvre et surtout qui favorise l’immersion et l’attrait pour les vrais basketteurs. Ce sont des mouvements jugés beaux quand ils sont bien faits.

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La blessure

L’auteur rajoute un peu plus de difficultés pour Shohoku àSlamdunk kana editions Takehiko Inoue revenir au score, le capitaine retombe sur le pied d’un adversaire et se tord la cheville. Blessure grave ou pas on ne sait pas mais ce qui est sûr c’est que ça fait mal et que pour continuer un match avec ça, il faut serrer les dents. C’est encore un élément réaliste, ça arrive presque à tout le monde qui pratique ce sport. Le capitaine choisit de mettre un strapping et de continuer le match.

Le coach adverse pense qu’avec la blessure du leader de l’équipe de Shohoku, son équipe gagne un ascendant Slamdunk kana editions Takehiko Inouepsychologique sur eux. C’est souvent ce qui se dit lorsqu’une équipe perd son leader, c’est censé être lui qui guide psychologiquement l’équipe, le modèle. Shohoku choisit de mettre les deux jeunes recrus en défense sous le panier*, Rukawa et Sakuragi. Eux qui ont du mal à se supporter et pourtant ça marche. Shohoku rattrape son retard grâce à ce duo enfin surtout à rukawa qui enchaine les performances en attaque. Le comique du moment c’est qu’il y a un gros focus sur Rukawa et on voit régulièrement la tête de Sakuragi qui rage et boue de jalousie. On se retrouve à la mi-temps avec une égalité au score… Scénario parfait non ? Le suspense est à son comble et le coach de Kainan pète littéralement un câble ! Il ne comprend pas comment son équipe n’a pas pu arrêter Rukawa !

Après la mi-temps

Slamdunk kana editions Takehiko InoueA la reprise l’auteur a choisi de mettre le focus sur le joueur clé de l’équipe des « méchants » Maki. En faisant un flash-back on le voit dominer le département et cela légitime son statut. En parallèle l’équipe de Shohoku commence à fatiguer, côté réaliste une fois de plus. Quand on joue à son niveau le plus haut, voire au-dessus (en sur-régime) il y a forcément un contrecoup.  Maki commence à montrer l’étendue de son talent et marque beaucoup de points, il arrive à créer un petit écart. On sent une pointe de pessimisme dans la narration de Inoue à ce moment, car Shohoku fatigue et Maki, lui est en pleine possession de ses moyens. L’euphorie de la première mi-temps redescend assez rapidement pour laisser place au doute. Un ascenseur émotionnel très bien mis en place par l’auteur et puis, c’est aussi ça le basket !Slamdunk kana editions Takehiko Inoue

Le focus et l’écart se font aussi sur et grâce à un autre joueur, l’auteur choisit cet instant du match pour présenter Jin. Ce joueur de Kainan est un arrière shooter* et Maki s’appuie dessus pour marquer à trois points et creuser encore plus l’écart. N’oublions pas qu’au basket il y a cinq joueurs sur le terrain et il semblait évident qu’à un moment donné l’auteur nous parle des autres joueurs et parle aussi des autres « matchs dans le match ».

Slamdunk kana editions Takehiko InoueLe temps mort demandé par Shohoku permettra de mettre en place une nouvelle tactique collective défensive pour arrêter les assauts de Maki et stopper les tirs à trois points de Jin. Shohoku remonte petits à petits grâce à notre héros débutant qui sans vraiment le savoir est un moteur pour son équipe. Le rythme des cases est toujours élevé et on a une impression de stress en lisant ce manga, surtout pendant les matchs, cela retranscrit très bien ce côté rapide, vif et intense du basket. On s’aperçoit aussi que les plus grandes cases s’arrêtent sur les gestes techniques ; le tir à trois points, le beau rebond, le dunk… L’auteur aime aussi donner des petits cours d’histoire et n’hésite pas à faire une courte parenthèse dans le match pour nous donner une leçon ; exemple les lancers francs* de Sakuragi, il les tire comme un ancien joueur de NBA.

Slamdunk kana editions Takehiko InoueLe Money time

Arrive alors le money time*, il y a six points d’écarts et l’auteurSlamdunk kana editions Takehiko Inoue joue avec les nerfs du lecteur, chaque équipe marque un panier chacune leur tour jusqu’à ce qu’il reste une minute trente à jouer. Sakuragi sauve une balle de la touche* et Rukawa peut faire un dunk avant de s’écrouler de fatigue. Le remplaçant est un joueur de troisième année ni mauvais ni bon. La suite n’est que tension et replacement tactique. Tout ou presque va se jouer sur un rebond à trente secondes de la fin, mais Sakuragi n’arrive pas à l’attraper, mais Miyagi tape dans la balle dans les mains adverses et tombe dans les mains de notre héros qui va dunker sur Maki, de plus il y aura faute avec un lancer franc. Le scénario le plus tendu de l’histoire du basket-ball se joue sur le terrain. Sakuragi rate le tire, le rebond est attrapé par Akagi qui ressort pour un shoot à trois points de Mitsui, qui le rate de peu, la balle est toujours en jeu, sur un saut digne des plus grands Sakuragi encore lui prend le rebond et fait la passe à son capitaine placé sous le panier, mais il s’est trompé de joueur et a fait la passe à son adversaire… Le match se finit sur cette action…Sakuragi est effondré… Les joueurs se saluent.

Slamdunk kana editions Takehiko InoueScore final Kainan 90 – Shohoku 88

La troisième équipe

Cette troisième équipe, c’est le public. Il est omniprésent, de par les onomatopées dans un premier temps avec les encouragements des supporters. Elles occupent souvent l’espace des cases qui ajoute une densité dans le dessin. Le but étant de nous rappeler l’ambiance bruyante du gymnase et de surcroit, elles augmentent au gré des performances des joueurs (comme dans la réalité) permettant parfois de galvaniser les équipes. On a parfois quelques apartés du public qui commente le match. Cela permet d’appuyer ou d’étayer certains traits de l’histoire. Cela permet également de préciser des détails qu’on devine via le dessin mais qui permettent une fois de plus l’immersion du lecteur. Et puis, quand on regarde un match que ce soit à la télé ou en vrai, on ne peut pas s’empêcher de commenter, ce serait une hérésie qu’il n’y ait pas de petits commentaires du public pendant les matchs !

Voilà j’espère avoir pu vous passionner pour cette scène autant que j’ai pu l’être pour écrire cela. Je ne peux que vous inviter à découvrir les œuvres de cet auteur. Que ce soit Slam Dunk, Vagabond ou encore Real jetez-vous dessus si vous en avez la possibilité. L’exercice que je vous ai proposé ici, est très descriptif, mais j’espère avoir amené des informations supplémentaires vous permettant de voir ce manga et plus largement le basket-ball avec un nouvel œil. Pour les aficionados, j’espère vous avoir fait vivre le match comme si vous y étiez en retrouvant des sensations, des images ou des souvenirs de votre pratique.

LEXIQUE

*Rookie : Joueur débutant dans l’équipe.

*La règle du marché : Au basket on a le droit de faire deux pas avec le ballon en main sans dribbler, au troisième pas c’est une infraction, ça s’appelle faire « un marcher ». C’est une règle qui s’apprend dès le début de la pratique du basket-ball.

*Rebonds : Lorsque la balle ne rentre pas dans le panier elle est toujours en jeu, quand un joueur l’attrape on appelle cela un rebond, défensif lorsqu’on défend son panier et offensif lors d’une attaque. Ce dernier permet d’avoir une autre chance de tirer, il est donc précieux.

*Cross-over : C’est un dribble qui permet de dépasser son adversaire.

*Step back : Effectuer un pas en arrière afin de se libérer du marquage adverse pour shooter, cela semble simple à faire mais il n’en est rien.

*Sous le panier : C’est un poste clé qui guide la défense et sert de dernier rempart. C’est le poste ou les plus grands et gros gabarits sont en place.

*Arrière shooter : Comme son nom l’indique sa spécialité est de shooter dans une position arrière (derrière la ligne à trois points).

*Lancer franc : Ceci est un panier de compensation lorsqu’une faute est commise sur un attaquant. Ils ne valent qu’un seul point et sont donnés lorsque la faute est commise pendant une action de tir. Cette réparation se fait derrière une ligne à 6,25m du cercle. La balle est remise en jeu au dès qu’elle quitte les mains du shooter, il y a alors une possibilité de prendre le rebond s’il n’y a pas de panier marqué. Ils sont importants car ils sanctionnent les fautes et permet de réguler la défense pour ne pas qu’elle soit trop agressive (dans le bon sens du terme).

*Money time : Les dernières minutes de jeu, là où le suspense et la tension sont à leur paroxysme.

*Sauver une balle de la touche : Le ballon est en touche que si quelqu’un qui est en dehors du terrain la touche ou s’il rebondit en dehors des lignes. Là le ballon est en l’air, à l’extérieur du terrain mais n’a pas rebondit. Sakuragi a sauté depuis le terrain jusqu’à attraper la balle et l’a lancé dans les limites du terrain. Il a sauvé la balle.

L’Otaku Poitevin

Les images et illustrations sont la propriété de ©kana (Dargaud)2001

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