Tetsuya Tsutsui, impossible n’est pas français

Tetsuya Tsutsui

Auteur : Tetsuya Tsutsui

Genres de prédilection : Polar, suspens

Œuvres Notables : Prophecy, Recet

Peut plaire à ceux qui ont aimé :
Death Note, Code Geass, Seven, Log Horizon, V pour Vendetta, Fight Club

Si pour la majorité des mangakas amateurs japonais, devenir professionnel et être un auteur à succès s’approche de l’impossible, l’expression bien de chez nous « impossible n’est pas français » sied parfaitement à Tetsuya Tsutsui. Il est d’ailleurs le jury du tremplin ki-oon, preuve de son implication au sein de l’édition en France. Explication :

Une évolution classique… ou pas

Quand on s’intéresse de plus près à son parcours, on découvre un chemin tout à fait surprenant. Effectivement notre auteur n’a pas emprunté la route traditionnelle à tenter obstinément sa chance chez les plus grands éditeurs japonais. Non, Tsutsui son itinéraire ce sont plutôt les sentiers cachés que même google map ne pourrait cartographier. Mais il faut croire que ce parcours à l’aveugle fut guidé par une bonne étoile vu son succès actuel. Bon vous en avez marre de mes métaphores vaseuses ? Je vais rentrer dans le concret alors. Son grand départ, il l’a fait sur son site web, Tsutsui fut mangaka indépendant au début des années 2000, il publia des petites nouvelles d’une dizaine à vingtaine de pages. Déjà, le crime, les aventures policières, la remise en question sociale sont des traits caractérisant ses créations.

Duds Hunt de Tetsuya Tsutsui

Duds Hunt

Puis arrive une rencontre surprenante, un éditeur tombe sur ce site. Mais pas un japonais ! Cécile Pournin et Ahmed Agne travaillant pour Ki-oon, de bons franchouillards, sont intéressés par ses travaux. Ils lui voient un avenir brillant. Pari gagnant car quelques années plus tard ce sera la poule aux œufs d’ors de l’éditeur. C’est un cas exceptionnel, un éditeur français lance un mangaka japonais, situation plutôt caucase non ? Ainsi son premier manga Duds Hunt fut publié en France en 2004.

Pour la suite, nous n’allons pas faire tout l’historique mais les éditeurs japonais lancent enfin une pépite qu’ils avaient oublié de publié, à commencer en 2005 par Square Enix (excusez du peu). Reset, Manhole ou plus récemment Prophecy (créé en partenariat avec Ki-oon) sont tous de franc succès, des mangas policiers référence. Prophecy fut d’ailleurs la nouveauté manga la plus vendue dans l’hexagone en 2012.

Sa patte graphique

manhole de Tetsuya Tsutsui

Manhole

On pourra remarquer très vite son style graphique, pas forcément des plus originaux mais ce qui ressort à chaque page est la gravité de la situation, la tourmente, la grisaille. A vrai dire, son coup de crayon n’est pas forcément une référence mais l’esprit que dégage ses planches sont poignantes, viscérales. Les dessins n’inspirent pas la gaieté au point où l’on se demanderait si on est dans un manga d’angoisse, d’horreur plutôt qu’un policier (notamment dans Manhole). Les sourires sont rares, les cicatrices, la sueur, les dentitions anarchiques sont plus souvent représentées que des yeux pétillants de vie, le métal froid et incolore au profit de végétations verdoyantes.

Les mauvaises langues diront que ses dessins sont plutôt classiques, mais d’autres vous répondront que son style est d’un réalisme presque effrayant. Rien n’est exagéré, les émotions sont transcrites de façon limpide, presque brute ce qui accentue l’ambiance pesante de ses histoires. On ne se sent pas à l’aise face à certains dessins. Prenons un exemple, un vieil homme à l’article de la mort est représenté comme un corps désespéré, une coquille vide qui sombre dans la folie. Et en tournant la page vous ne savez plus si il faut le craindre, le fuir, l’aider ou avoir pitié de lui. Voilà l’effet des dessins de Tsutsui, contrairement à un Berserk qui donne une claque visuellement, dans sa simplicité les dessins perturbent.

L’ovni « Rêve éveillé »

Une de ses nouvelles les plus intéressantes pour en finir avec le dessin est « Rêve éveillé », l’une de ses nouvelles qu’il avait créé alors qu’il était encore indépendant (vous pouvez la lire sur son site en japonais, ou dans Duds Hunt). Intéressante car l’histoire qui pour seulement une dizaine de pages vous retournera le cerveau (un peu comme le film Shutter Island, je vous conseille de le lire deux fois pour tout analyser). Mais là je m’éloigne du sujet : le dessin ! Donc, intéressante ensuite par l’organisation de son récit, chaque partie est dessinée selon la mentalité du narrateur. Il vous fera comprendre comment un récit, selon le narrateur, peut passer du glauque au possible avec ses dessins caractéristiques cités plus haut, à une simple journée banale et réjouissante pour une enfant avec des dessins proche du croquis pour enfant. Bien dommage que cette expérience ne soit pas renouvelée, dans ses œuvres actuelles, espérons !

rêve éveillé de Tetsuya Tsutsui

Rêve éveillé

Comme vous pouvez le voir ci-dessus, la page de droite est très réaliste, plutôt angoissante, voire malsaine. Normal, la scène insinue un viol incestueux…. Tandis que dans la partie 4, la même scène est racontée par l’enfant, souffrant de troubles psychologiques, comme une scène banale et joyeuse avec son papa. Un décalage que l’on retrouvera de page en page. Évidemment nous sommes dans une situation extrême, mais cela met en avant l’un des plus gros atout de Tsutsui ; l’impartialité. Il cherchera toujours à poser ses intrigues, ses personnages, de la façon la plus objective qui soit, ne montrera jamais le policier comme un super héro, et le criminel comme un être immonde. Tout est une question de point de vue, selon les expériences de chacun, on pourra se surprendre à la manière d’un Death Note à accepter certains arguments du « méchant ». Dans ce court essai , les dessins annoncent cette mélancolie pour toutes ses œuvres suivantes.

Monsieur Polar

Finalement la patte de Tsutsui se fait le plus ressentir dans ses scénarios plus que dans le dessin. La profondeur des histoires sont telles qu’il n’est pas obligatoire d’avoir des planches du feu de dieu pour rattraper une intrigue bancale. Chacune de ses histoires soulèvent des problématiques autour de la justice, peut-on se faire justice soi-même ? Faut-il être extrémiste pour créer un monde idéal? Qu’est-ce qui est bien, qu’est ce qui est mal ? Justice selon la constitution, le collectif, ou justice personnelle ? Ce ne sont pas forcément des sujets exclusifs à Tsutsui, de nombreux auteurs ont déjà fait le tour de la question. Cependant, malgré tous les récits de Tsutsui ont un impact peut être plus important.

Duds Hunt de Tetsuya TsutsuiLe mangaka se trouve à l’ère du temps, très rarement dans le fantastique excepté Reset éventuellement, son univers est à l’image de ses dessins ; d’un incroyable réalisme. Ce qui se passe dans ses fictions pourraient très bien arriver dans votre ville quand vous feuilletez les faits divers de votre journal. Les questions soulevées peuvent trouver échos dans vos propres expériences. Son univers c’est le nôtre d’où une immersion immédiate.

Son dada ; les nouvelles technologies

Une particularité de Tsutsui présente dans la quasi-totalité de ses œuvres est les nouvelles technologies pour ne pas dire le sujet principal. De l’utilisation des portables et du GPS dans Duds Hunt, youtube et niconicodouga dans Prophecy, du jeu vidéo dans Reset, cela ne fait plus de doute, c’est un véritable thème de prédilection. Et cela n’a rien d’étonnant, Tsutsui le dit lui-même ; il apprécie les nouveaux moyens de communications, c’est grâce au web et ce petit mail reçu par Ki-oon qu’il a connu le succès.

prophecy de Tetsuya Tsutsui

Prophecy

Outre utiliser ce thème, il sait les questionner, montrer ses bonnes et mauvaises facettes. Ainsi dans Prophecy les réseaux sociaux sont montrés comme un objet déshumanisant, le jeu vidéo un loisir qu’il nous faut tout de même contrôler pour ne pas tomber dans l’excès. Oui cela pourrait bien vous rappeler un Sword Art Online ou Log Horizon. Mais par rapport à ces deux derniers les polars de Tsutsui se concentrent plus sur l’histoire et la moralité qu’il veut y apporter dans ses thrillers. L’aventure, l’épique, le charisme y sont moins présent contrairement à ses deux œuvres citées juste avant.

Mais c’est un choix pleinement assumé, pour preuve une petite citation de Tsutsui dans une interview de Manga News ; « pour moi c’est l’histoire plus que le personnage qui est importante » (japan expo 2008, lien en fin d’article).

Le mot du fan à l’auteur

Et oui pour finir je vais être totalement subjectif. C’est simple Tetsuya Tsutsui, vous ne faites rien de spécialement neuf, il ne révolutionne pas un genre. Vous le dîtes vous-même dans un postface de Manhole « Ce n’est pas un genre qui est nouveau, mais j’ai fait de mon mieux pour faire une histoire qui soit différente des autres ». Et bien je vous encourage à faire toujours de votre mieux, car tout ce que vous faîtes est juste et précis. Vous ne révolutionnez pas grand-chose mais vous apportez au manga un genre encore peu popularisé ; le polar. Ce genre très prisé par la littérature ou le 7ème art, mais encore marginal dans le manga. En espérant que vous ouvrez une porte pour d’autres mangaka !

Et quand je vois ce que vous allez nous sortir, Poison City, un manga traitant de la liberté d’expression et des JO 2020 organisé dans votre pays, je me dis que ça sent bon et qu’une fois de plus vous tomberez sur un sujet toujours au cœur de l’actualité soulevant des questions pertinentes.

Vous faîtes toujours mouche. Et puis votre affinité avec la France nous fait plaisir, le lectorat francophone reste et restera votre premier public!

Pour en savoir plus

Oui sachez que je n’ai pas été des plus exhaustifs. J’ai préféré faire un article sommaire pour vous mettre l’eau à la bouche et ne pas vous rebuter avec un (trop) gros pavé.

Voici quelques liens utile sur cet auteur de génie :

Bis_Minami

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Cet article participe au sama awards 2015

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